Nos erreurs sur les étapes du deuil

Article de François Roeygens

Accompagner le deuil en hypnothérapie : Une expérience universelle mais complexe

Qui parmi vous a perdu un proche ou un être avec qui vous aviez un lien fort?

Tout le monde, évidemment. On est tous et toutes passé.es par ces moments douloureux.

L’art d’enfoncer des portes ouvertes

Le deuil est une étape de vie importante, universelle, parfois extrêmement violente et profondément transformatrice.

Nous voyons beaucoup de personnes en cabinet qui passent cette étape, et pourtant nous sommes mal formés à accompagner ce processus naturel.
Il y a de tout dans les approches : pragmatiques, terre à terre, spirituelles, super spirituelles, des contacts défunts, des liens à couper, du pardon à donner, de la culpabilité à décharger, et j’en passe.

Au delà de voir si telle approche est mieux qu’une autre (ce qui reviendrait à se couper de notions qui pourraient faire du bien à vos consultant.es), nous allons plutôt rétablir une Vérité ! Car beaucoup d’approches du deuil se basent sur une erreur : les 5 étapes du deuil de Kübler-Ross.

Les étapes du deuil de Kübler-Ross

Sans manquer de respect à cette immense psychiatre qu’était Elisabeth Kübler-Ross, force est de constater que son travail à été déformé, interprété voir galvaudé.

En effet, si on fait un peu d’histoire, Babeth était une psychiatre qui a travaillé toute sa vie en soins paliatif. Elle a considérablement fait évoluer ce pan de la médecine. Ses travaux auraient certainement mérité un prix nobel…mais bon, c’était une femme : être reconnue en tant qu’experte était déjà un luxe, lui donner un nobel faut pas déconner. Ahhh le patriarcat!

Elle a défini 5 phases dans le deuil. En fonction de là où vous allez être formé.es, vous n’aurez pas les mêmes contenus… Et c’est chiant parce que les mots comptent et on va déjà vous donner les bons mots.

📍Deni
📍Revolte
📍Marchandage
📍Dépression
📍Acceptation

Des confusions courantes

On va s’arrêter sur les mots comme la révolte, que nous confondons souvent avec la colère et ce n’est pas la même chose. La révolte peut être une phase, la colère c’est une émotion.

Pareil pour la dépression qui est souvent remplacée par la tristesse. Ce n’est pas la même chose.

On va vous dire toute la vérité, rien que la vérité : les étapes de Babeth décrivent le processus que suit une personne à qui on annonce qu’il ou elle va mourir, et non pas le deuil de la perte d’un être cher.

On nie, on se révolte, on essaye de marchander en se disant qu’il y a forcément une solution, on se rend compte qu’il n’y pas de solution, on déprime et on accepte.

Bref cette grille de lecture est hyper réaliste pour une personne à qui on annonce qu’elle va mourir, mais quid de ceux qui restent?

Le contexte et les différents éléments sont très différents de l’annonce d’une maladie incurable. Un deuil demande à apprendre à vivre avec l’absence de l’autre, le manque et les différentes émotions du deuil.

Par exemple l’acceptation n’est pas du tout adaptée ! Peut-on réellement demander à une maman qui a perdu un enfant d’accepter ça?
Si vous saviez le nombre de maladresses que j’ai entendu dans la bouche de praticien.nes:
“ il faut accepter”
“Il faut le ou la laisser partir”
Quelle violence…

Alors stop aux conneries et rapprochons-nous de psychiatre français comme Michel Hanus et Christophe Fauré.

Accompagner avec les 4 étapes du deuil de Christophe Fauré

Pour eux, le deuil est assimilé à une cicatrisation qui se déroule en 4 phases:
👉Le choc qui est une phase où on est un peu KO debout. On ne réalise pas. Les mécanismes de défenses sont en marche et font leur travail.

👉Fuite/recherche: qui une phase dans laquelle on essaye d’entretenir du lien extérieur avec le défunt (en portant ses vêtements, son parfum, des photos)… bref on essaye d’éviter la souffrance quoi.

👉La destructuration: Qui est la phase la plus douloureuse, elle arrive quand on se dit “tiens je m’en sors pas si mal” et bing. Elle intervient quelques mois après le décès. C’est même la phase clef d’un deuil, celle dans laquelle on peut rester sans s’en rendre compte.

👉La restructuration: Qui est une phase pas si simple, c’est le moment où la personne qui traverse un deuil peut recréer du lien avec la defunt, se rendre compte de son “héritage”.

Vous vous rendez bien compte à travers cette simple explication que la grille de lecture est hyper importante et que choisir la mauvaise revient à donner à un presbyte des lunettes pour voir de loin.

Ce sont ces étapes que nous présentons dans notre formation accompagner le deuil

Le deuil c’est également un processus naturel qui agit sans nous. C’est pour moi la base même de l’accompagnement : on ne peut et ne doit rien forcer, on peut faciliter. Le deuil demande souvent un lien fort, une connaissance des mots à éviter, de créer.

Accompagner le deuil, c’est parfois être en difficulté, se sentir impuissant mais c’est aussi voir les gens se transformer, revivre, se révéler.

Alors même si nous avons peut être mal utilisé les travaux de Babeth, il me semble tout à fait adéquat de revenir dessus

Un peu comme quand on a fait une connerie
On s’excuse : “ pardon Babeth et un grand merci pour ton travail”
Et on rectifie, car les gens blessés par cette épreuve et qui décident de venir nous voir nous font confiance, et méritent que nous utilisions les bonnes lunettes.

Découvrez toutes nos formations